24 Mars 2014
Publié dans Revue Internationale de CRIMINOLOGIE et de POLICE Technique et Scientifique 01/2014

Les femmes et les hommes sont-ils victimes d’homicides pour les mêmes raisons? – Analyse des facteurs relatifs aux variations des taux d’homicides selon le sexe pour 166 pays

par Catherine Montmagny et Marc Ouimet

Résumé
Plusieurs études sont disponibles pour décrire la distribution internationale du taux d’homicide global et rendre compte de ses variations. Toutefois, il n’y a aucune étude récente qui distingue l’homicide contre les hommes et l’homicide contre les femmes. La présente étude cherche donc à établir les variations mondiales de l’homicide contre les hommes et contre les femmes et à identifier les facteurs qui permettent de comprendre ces deux phénomènes. Les données sur 166 pays sont analysées. Les résultats montrent d’abord qu’il existe une importante corrélation positive entre le taux d’homicides des hommes et celui des femmes, ce qui indique que les mêmes forces sociales, notamment les inégalités sociales, jouent en même temps sur les deux formes de violence. Toutefois, l’analyse de données montre que certaines variables sont plus intimement liées aux variations du taux d’homicides contre les femmes, notamment le pourcentage de femmes sur le marché du travail et le taux de fertilité des adolescentes augmenteraient leur victimisation. Nous interprétons ces résultats dans la perspective des théories du conflit qui permettent de bien incorporer la différence selon le sexe.

Summary
Many studies have tried to explain violence’s distribution and its variations applying an international perspective. However, no existing research distinguishing between homicides perpetrated against men and those perpetrated against women has been found. The main objective of the present study is to identify factors which influence these two phenomena in order to further understand the worldwide variations. Data for 166 countries has been analyzed. The results show a strong positive correlation between homicide rates against men and women, indicating that the same social forces, particularly social inequalities, are at play in these two kinds of violence. Nevertheless, the data analysis reveals that certain variables are intimately related to homicide rates against women, such as the percentage of women in the labor market and the fertility rate of teenagers. We interpret these results using a conflict theory perspective, which allows the integration of the gender notion.


28 Septembre 2018

Les Cercles de Soutien et Responsabilité comme lien possible entre les principes Risque-Besoins-Réceptivité et la Justice restaurative?

Les Cercles de Soutien et Responsabilité (CSR) sont apparus au Canada (Ontario, 1994) de manière intuitive afin de combler un vide en matière de prise en charge des auteurs de violence sexuelle libérés à l’issue de l’exécution de leur peine. Aujourd’hui, les CSR se sont disséminés sur un grand nombre de territoires tout en augmentant leur pertinence quant à l’accompagnement dispensé auprès de cette population. Deux principes guident les CSR, la lutte contre la récidive, le soutien porté à l’auteur. La Justice Restaurative (JR), en parallèle de la Justice pénale traditionnelle, se définit tant comme une philosophie qu’une pratique positive, holistique, d’inclusion des auteurs et victimes d’infraction afin de les laisser se saisir pleinement de leur conflit, avec le soutien de bénévoles et/ou de professionnels. Si les CSR sont régulièrement présentés comme une modalité de JR permettant le lien social restauré entre l’auteur d’infraction, des bénévoles membres de la communauté et des professionnels fortement impliqués, ce que témoigne le second principe des CSR, nous interrogeons ici le lien avec des modalités réhabilitatives, dont le premier principe se rapporte aisément. Les principes Risque-Besoins-Réceptivité (RBR) du modèle de la Prévention de la récidive seront ici largement discutés, en précisant que des liens avec d’autres modèles positifs comme le Good Lives Model (GLM), la Désistance et le Modèle de l’Identité Temporelle (TIM-E) mériteraient également une réflexion.
28 Septembre 2018

Programme de Parrainage de Désistance (PPD) et Cercle de Soutien et de Responsabilité (CSR): synthèse des ressemblances et dissemblances pour une Justice restaurative adaptée en France

Depuis la Loi du 15 aout 2015 et la Circulaire de mars 2017, la Justice restaurative est une mesure qui a vocation à s’appliquer concrètement sur le terrain correctionnel français. Toutefois, les dispositifs restauratifs habituels (eg. médiation, groupe, rencontre) ne sont pas toujours mobilisables tels quels dans les conditions actuelles et exigent des adaptations. Le Programme de Parrainage de Désistance (PPD) est ainsi une déclinaison des Cercles de Soutien et Responsabilité (CSR). Nous présenterons une pratique restaurative implantée dans la réalité des services correctionnels français, ses ressemblances et dissemblances avec un dispositif international reconnu dont il s’inspire. Quels sont les mécanismes du PPD et en quoi répondent-ils ou non aux mêmes modèles théoriques et objectifs de terrain que le CSR? Après avoir supervisés et évalués 18 mois d’existence du PPD sur la base de focus group, de retours de pratiques professionnels, de questionnaires auprès des personnes placées sous main de justice (PPSMJ), nous avons récolté suffisamment d’éléments pour comparer le PPD au CSR sur la base de: i) son implantation et ses caractéristiques générales, ii) ses modèles de références en lien avec les objectifs visés, iii) les enjeux pratiques et concrets de l’application. Si le PPD détient des liens manifestes avec le CSR, il semble répondre à des questionnements spécifiques qui échappent au CSR liés à la réalité correctionnelle française. D’un point de vue théorique, si les deux programmes visent la Prévention de la Récidive et la restauration des liens autour de l’individu, le CSR se structure autour des principes Risque-Besoins-Réceptivité (RBR) quand le PPD puise des sources plus variées et orientés sur la qualité de vie, l’insertion sociale, les perspectives, en lien avec la criminologie positive (eg. GLM, Désistance, TIM-E). L’apparition du PPD semble répondre à une adaptabilité du CSR en France et offrir des réponses diverses à des besoins présents sur le terrain. Le CSR et le PPD peuvent s’auto-alimenter des avancées de l’un et l’autre. Le CSR semble plus solide quant à l’évaluation et la prévention de la récidive, tandis que le second étend le champ de l’intervention aux dimensions sociale, de qualité de vie et de perspectives, dans un système déjà opérationnel.
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