Le « cri » d’alarme des tomates assaillies par des ravageurs 🔊
Georges Pop
La découverte est fascinante : lorsque certaines tomates sont attaquées par un insecte ravageur, elles poussent un « cri » d’alarme destiné à leur congénères qui activent aussitôt un mécanisme de défense pour se protéger. Il ne s’agit évidemment pas d’un avertissement sonore, mais d’un signal volatile et odorant que le biologiste Ted Turlings, de l’Université de Neuchâtel (UniNE), est parvenu à identifier, en étroite collaboration avec des chercheurs chinois de l’université de Hangzhou. Leurs conclusions ont été publiées dans la revue scientifique PNAS, de l’Académie des Sciences des États-Unis.
Bien que minuscule, l'aleurode du tabac (Bemisia tabaci), appelée aussi mouche blanche, est un insecte ravageur redoutable. Polyphage, il s’attaque non seulement aux tomates, mais aussi aux agrumes, aux tournesols, aux haricots, aux pommes de terre, au tabac, au coton, etc. Sa seule présence provoque souvent la destruction de toute une récolte. Cette bestiole transmet à ses victimes un virus, appelé bégomovirus, qui est fatal aux végétaux qu’il infecte. Or, certaines variétés de tomates ont appris à résister, aussi bien à l’insecte qu’à son hôte microbien.
Première étape : neutraliser le virus
Le biologiste de l’UniNE et ses collègues chinois ont constaté que, lorsque ces tomates étaient attaquées par une légion d’aleurodes, elles libéraient une substance odorante contenant des molécules appelés β-caryophyllène. Aussitôt captées par les tomates voisines, ces molécules déclenchaient aussitôt chez elles une réponse défensive qui consiste à produire d’autres molécules capables de neutraliser les bégomovirus. Un superbe travail en réseau !
Seconde étape : anéantir l’insecte
Mieux encore ! L'exposition au β-caryophyllène provoque chez les tomates la libération d’autres substances volatiles, comme le salicylate de méthyle et le β-myrcène, l’équivalent d’un « SOS » olfactif qui appelle à la rescousse les ennemis les plus redoutés de l’aleurode. Il s’agit en l’occurrence de guêpes parasitoïdes qui anéantissent les nymphes des insectes ravageurs, offrant ainsi à ces tomates une protection supplémentaire, suivant l’adage « les ennemis de nos ennemis sont nos amis ».
Les auteurs de cette étude soulignent cependant que seules certaines variétés de tomates sont capables d’émettre ce signal à base de β-caryophyllène. Ils constatent aussi que les variétés sauvages sont souvent plus résistantes que les variétés commerciales, ces dernières étant 80 % plus susceptibles d'être attaquées. En sélectionnant les variétés résistantes, les scientifiques espèrent à terme trouver des pistes pour développer des cultures capables de se défendre contre les insectes ravageurs..
L’aleurode (ou mouche blanche) est un ravageur redoutable des cultures © Chongqing Normal University (China)
En 2023, Ted Turlings a reçu le Prix scientifique suisse Marcel Benoist pour ses recherches sur l’écologie chimique © Fond National Suisse - snf.ch
Un scientifique primé
À noter que le biologiste Ted Turlings n’en est pas à son coup d’essai. En 2023, il a reçu le Prix scientifique suisse Marcel Benoist pour ses recherches sur l’écologie chimique et ses découvertes sur les odeurs émises par les plantes pour attirer les prédateurs des insectes ravageurs.
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