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03 juillet 2017 | La Revue POLYTECHNIQUE 04/2017 | Économie

Industrie suisse des machines: les marges s’effritent

Ivo Zimmermann*

L’industrie suisse des machines, des équipements industriels et des métaux (industrie MEM) a connu une année 2016 certes difficile, mais un redressement s’est amorcé à la fin de l’année. Toutefois, la rentabilité des entreprises reste préoccupante, notamment en raison d’un resserrement continu des marges, sous l’effet de la concurrence étrangère.
Après une année très difficile, l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) a réussi à se redresser quelque peu en 2016. Par rapport à 2015, les entrées de commandes ont en effet augmenté de 9,5 %. Sur l’ensemble de l’année, le chiffre d’affaires a certes une nouvelle fois diminué, en l’occurrence de 1,8 %, mais un changement de tendance a été constaté au cours du quatrième trimestre 2016. Les exportations de marchandises ont atteint le niveau de l’année précédente (+0,1 %), ce qui a permis de mettre un terme à la tendance négative. Cependant, la rentabilité dans les entreprises reste préoccupante. Pratiquement un quart (23 %) des entreprises MEM ont terminé l’exercice 2016 avec un déficit au niveau EBIT. En 2014, ceci avait été le cas pour 7 % des entreprises seulement. Voilà qui montre clairement qu’un grand nombre d’entreprises n’ont pas encore digéré les conséquences de la force du franc.
 
Source: Swissmem
 
 
Nombreuses délocalisations à l’étranger en vue
Par conséquent, le changement de structure accéléré risque de se poursuivre, d’autant plus que 46 % des entreprises industrielles envisagent dans les trois années à venir, des mesures de délocalisation à l’étranger. L’évolution de la situation dans la branche MEM dépend fortement des cours des devises et de l’évolution conjoncturelle dans les marchés les plus importants.
Tandis que, comparées aux périodes correspondantes de 2015, les entrées de commandes avaient fortement progressé dans l’industrie MEM au troisième trimestre 2016, elles ont stagné au niveau de l’année précédente (+0,2 %), au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année 2016, les entrées de commandes ont progressé de 9,5 % comparées à 2015. Par rapport à la période comparable de 2015, le chiffre d’affaires a, pour la première fois, de nouveau légèrement augmenté au quatrième trimestre 2016 (+2,7 %). Ceci est valable tant pour les grandes entreprises que pour les PME. Cependant, l’année dernière, le chiffre d’affaires a diminué globalement de 1,8 %. En 2016, le taux d’utilisation de la production avait atteint 86 % en moyenne, ce qui correspond au taux moyen sur plusieurs années (86,3 %).
 
Recul des exportations enfin stoppé
En 2016, les exportations de marchandises de l’industrie MEM ont atteint le niveau de l’année précédente (+0,1 %), pour atteindre une valeur totale de 63,3 milliards de francs. Ceci a permis de mettre un terme à la tendance négative des exportations. Cette évolution est due à la croissance des exportations dans les catégories de produits suivantes: instruments de précision (+3,8 %), métallurgie (+2,7 %) et électrotechnique/électronique (+1,6 %). Par contre, les exportations dans le domaine de la construction des machines, qui représente le plus important volume d’exportation, ont encore reculé de 0,8 %. Les principaux marchés ont évolué de façon différente. Il est réjouissant de constater qu’avec une part de 59,3 %, les exportations vers l’UE, qui est de loin le débouché principal, ont augmenté de 2,8 %. Les exportations vers les États-Unis ont augmenté pour la septième fois consécutive (+2,1 %). En revanche, les exportations vers l’Asie ont nettement reculé (–5,4 %).
Après une année 2015 très difficile, l’industrie MEM a réussi à se redresser l’an dernier au niveau des entrées de commandes et des exportations. Changement de tendance également au niveau du chiffre d’affaires au quatrième trimestre 2016. En ce qui concerne les futures entrées de commandes, les attentes des entrepreneurs, aussi bien des grandes entreprises que des PME, n’ont cessé de s’améliorer. Selon la dernière enquête réalisée par Swissmem, 49 % des entrepreneurs s’attendent, pour 2017, à davantage de commandes de l’étranger. Seuls 14 % craignent un recul. Cet optimisme modéré est partagé tant par les grandes entreprises que par les PME.
 
Situation préoccupante au niveau des marges
Les résultats d’un sondage effectué par Swissmem au début de cette année et consacré à la rentabilité des entreprises, montrent une autre image: pratiquement un quart (23 %) des entreprises MEM se sont retrouvées en 2016 dans la zone déficitaire EBIT. Un tiers des entreprises (34 %) ont généré en 2016 une marge EBIT positive inférieure à 5 %, ce qui finalement ne peut pas être considéré comme satisfaisant. En comparaison, en 2014, seulement 7 % des entreprises se trouvaient dans la zone déficitaire et 23 % avaient généré une marge EBIT comprise entre 0 et 5 %. Les petites entreprises sont plus fortement touchées, bien que la différence avec les entreprises de taille moyenne et de grande taille ne soit pas très grande.
Hans Hess, président de Swissmem précise: «Ces chiffres sont préoccupants; finalement, deux ans après l’abolition du cours plancher de l’euro, 57 % des entreprises n’ont toujours pas réussi à générer des marges suffisantes pour investir dans l’avenir». Ces résultats montrent clairement qu’un grand nombre d’entreprises, notamment des PME, n’ont pas encore digéré les conséquences de la force du franc. S’ajoute maintenant qu’au cours des derniers mois, le franc suisse s’est continuellement renforcé par rapport à l’euro.
 


Entrées de commandes en 2016 pour l’industrie MEM suisse. (Base: premier trimestre 2001 = 100).
 
 

Les restructurations se poursuivent
La situation difficile des entreprises MEM a également des conséquences sur le nombre des employés. À la fin 2016, l’industrie MEM occupait au total 317’600 collaborateurs. Ainsi, quelque 12’600 emplois ont été supprimés au cours des deux dernières années. Il faut néanmoins signaler que le nombre d’emplois vacants dans les entreprises affiliées à Swissmem augmente de nouveau depuis le début de l’année 2016.
Le changement de structure rapide devrait se poursuivre en 2017. Selon l’enquête encore non publiée «Swiss Manufacturing Survey» de l’institut de gestion technologique de l’université de St-Gall, 46 % des entreprises industrielles envisagent des mesures de délocalisation à l’étranger dans les trois années à venir. La réduction des coûts en est la principale raison. Outre les innovations dans les procédés et la production, ceci est le seul moyen pour ces entreprises d’augmenter leur rentabilité en Suisse. Ces résultats sont confirmés par l’évaluation des entreprises recensées en ce qui concerne les emplois menacés. Elles pensent que le nombre d’emplois va diminuer dans la production et augmenter dans les secteurs de la recherche, du développement ainsi que de la gestion de projets.
 
De meilleures conditions cadres sont plus que jamais indispensables
L’évolution de la situation dans la branche MEM en 2017 dépend fortement du cours des devises – notamment de l’euro – et de l’évolution de la conjoncture dans les marchés les plus importants. À court terme, seul un affaiblissement du franc par rapport à l’euro pourrait détendre la situation en matière de rentabilité dans de nombreuses entreprises. À moyen et à long terme, des innovations dans les procédés et la production peuvent mener durablement la branche sur la voie de la croissance. Pour cela, il faut d’abord que les entreprises puissent à nouveau générer des marges suffisantes.
La politique dispose des ressources pour encourager durablement l’industrie suisse en améliorant activement les conditions cadres au niveau de la politique économique. Concrètement, les entreprises ont besoin d’allégements au niveau des coûts. On ne constate aucun effort à cet égard. Le refus de la RIE III, dont auraient notamment profité les PME de l’industrie MEM performantes dans l’innovation, constitue une opportunité manquée. Swissmem salue la décision du Conseil fédéral de vouloir présenter rapidement une réforme fiscale adaptée. Cette dernière doit en premier lieu permettre de renforcer la place industrielle suisse et de maintenir la charge fiscale des entreprises à un niveau compétitif à l’échelle internationale.
La «Stratégie énergétique 2050» occasionne des coûts supplémentaires sans assurer la sécurité d’approvisionnement en hiver. Par conséquent, Swissmem rejette la nouvelle loi sur l’énergie qui sera soumise au vote le 21 mai 2017.
 
Swissmem – Suisse romande
1006 Lausanne
Tél. 021 613 35 85
www.swissmem.ch

 

* Responsable de la communication, Swissmem