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01 juillet 2020 | La Revue POLYTECHNIQUE 04/2020 | Énergie

Le premier parc solaire flottant des Alpes à l’épreuve de l’hiver

Georges Pop

Entré en service de 3 décembre dernier sur le lac de Toules, sur la commune de Bourg-St-Pierre (VS), le premier parc solaire flottant en milieu alpin vient de passer l’épreuve de son premier hiver. Les conditions extrêmes auxquelles doit faire face cette installation unique en son genre, située à 1810 m d’altitude, représente un défi pour l’entreprise Romande Énergie, qui se positionne comme pionnière dans ce domaine. Son objectif est de parvenir à produire, sur les 2240 m2 de panneaux solaires bifaciaux, plus de 800’000 kWh/an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 220 foyers, tout en permettant de tester la faisabilité technique et financière d’un projet de plus grande envergure.
Débutée le 18 mars 2019 avec le soutien de l’Office fédéral de l’énergie, la mise en place finale de la première centrale solaire lacustre alpine a duré près de dix mois. Les divers éléments des 36 structures flottantes en aluminium et en polyéthylène haute densité, usinés par la société française Poralu Marine, spécialisée dans la construction de marinas, ont d’abord été acheminés à proximité du lac artificiel de Toules. En septembre, les structures flottantes et les panneaux photovoltaïques ont été assemblés dans le voisinage du lac, sur un terrain de chantier nivelé à cet effet. Après quoi, elles ont été hélitreuillées sur l’eau en deux étapes, les 8 octobre et 6 novembre. Les équipes de Romande Énergie ont alors procédé aux derniers ajustements nécessaires à la mise en service de l’installation, qui est intervenue au début du mois de décembre.
 
Entré en service le 3 décembre dernier sur le lac de Toules (VS), le premier parc solaire flottant en milieu alpin vient de passer l’épreuve de l’hiver. (© Romande Énergie)

Un parc solaire expérimental scrupuleusement suivi
« Nous avions initialement prévu une mise en service au mois de novembre, mais nous avons eu quelques imprévus de dernière minute », explique Guillaume Fuchs, qui dirige le projet depuis 2012. Il juge cependant parfaitement réussis les premiers tests hivernaux endurés par l’installation : « La centrale est munie de webcams et de capteurs. Nous suivons attentivement son comportement et nous recevons quotidiennement des données sur sa production de la veille. Tout se passe de façon vraiment très satisfaisante » poursuit-il.
Responsable du Département Énergies renouvelables de Romande Énergie, Guillaume Fuchs reconnaît que l’hiver a été relativement clément, mais il ajoute : « Nous avons eu malgré tout de belles chutes de neige, parfois jusqu’à 40 cm. Nous avons pu constater que les panneaux se débarrassaient de la neige très vite, aux premiers rayons de soleil. De plus, les deux faces des panneaux sont équipés de cellules photovoltaïques et la chaleur produite par la face inférieure contribue à faire fondre la neige qui s’accumule sur la face supérieure. »

 
Les panneaux du parc solaire du lac de Toules (VS) sont ancrés de telle manière à pouvoir monter ou descendre, en fonction du volume d’eau. (© Romande Énergie)

Un meilleur rendement par temps froid
Pourquoi avoir installé un parc solaire flottant à plus de 1800 m d’altitude, là où les températures peuvent descendre jusqu’à -25 °C et les vents souffler jusqu’à 120 km/h ? Les raisons sont multiples, selon Guillaume Fuchs : « Il faut savoir que les panneaux photovoltaïques fonctionnent mieux aux basses températures. Le rendement est de 50 % supérieur par rapport à des installations équivalentes de plaine, qui ont passablement souffert lors des récentes canicules. De plus, lorsque les environs du lac sont enneigés, nous bénéficions d’un ‘effet albedo’ : la lumière du soleil se reflète sur la couche neigeuse et amplifie les performances des panneaux. Compte-tenu de l’altitude, le rayonnement UV est aussi plus intense. Le lac, quant à lui, est un réservoir artificiel qui se vide et se remplit régulièrement. De ce fait, la faune et la flore sont inexistantes. Il n’y a donc pas d’incidences sur l’environnement. Quant aux panneaux, ils sont ancrés de telle manière qu’ils peuvent monter ou descendre, en fonction du volume d’eau ».


D’autres parcs de ce type en projet
Ce premier parc flottant constitue la première étape d’un projet beaucoup plus ambitieux, dont il faut encore vérifier la faisabilité technique et financière. Si les résultats des tests, qui vont durer deux ans, sont convaincants, ce sont à terme 22 millions de kilowattheures qui pourraient être produits chaque année dans les Alpes suisses, sur des lacs d’altitude, soit l’équivalant de la consommation moyenne de 6100 ménages. « Nous avons déjà présélectionnés une dizaine de sites alpins susceptibles de recevoir de telles installations », précise Guillaume Fuchs, qui se dit très confiant au vu des premiers résultats.
L’inauguration officielle de ce premier parc solaire flottant en milieu alpin aura lieu en fanfare, en présence de nombreux invités, au mois de juin, par des températures à priori plus clémentes que celles enregistrées sur le site au cours de ces derniers mois.

 
Romande Énergie et le renouvelable
Selon les chiffres du groupe, basé à Morges (VD), la production « propre » de Romande Énergie, qui est 100 % d’origine renouvelable, représente quelque 15 % de l’électricité fournie à ses clients. L’entreprise indique vouloir investir 405 millions de francs d’ici 2025 pour augmenter cette production en optimisant la capacité des centrales existantes et en développant de nouvelles centrales reposant prioritairement sur les énergies renouvelables (hydraulique, éolien, biomasse, solaire et géothermie). La réalisation d’une dizaine d’ouvrages de petite hydraulique, d’une trentaine d’éoliennes et de plusieurs centaines de parcs solaires d’envergure est ainsi programmée.
Ces ouvrages doivent s’ajouter, à terme, à la centrale biomasse Enerbois, à Rueyres (VD), à celle Agrogaz à Lignerolle (VD), à la trentaine d’installations hydroélectriques déjà opérationnelles, à la soixantaine de parcs solaires mis en service au cours des dernières années, ainsi qu’aux parcs éoliens de Ploudalmézeau (2014) et Pluzunet (2017), tous deux situés en Bretagne.
 
 
Guillaume Fuchs
Responsable du Département énergies renouvelables
Romande Énergie
guillaume.fuchs@romande-energie.ch
www.romande-energie.ch