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27 juillet 2020 | La Revue POLYTECHNIQUE | Technique médicale

L’EPFL met à l’épreuve l’application de traçage de proximité

Les chercheurs de l’EPFL ont perfectionné, avec l’aide de l’Armée suisse, l’application pour smartphones développée par le projet international DP3T (Decentralized Privacy-Preserving Proximity Tracing). Leur objectif est d’optimiser la capacité de l’application à alerter les utilisateurs après qu’ils ont été en contact avec une personne positive au Covid-19, et instaurer la confiance autour de ce système ouvert.
Le projet DP3T est une approche décentralisée des traçages de contact qui préserve la vie privée et vise à fournir une solution numérique permettant d’arrêter la propagation du coronavirus Covid-19. Initialement lancé par des chercheurs de l’EPFL et de l’EPFZ, ce projet a été développé en collaboration avec plusieurs institutions européennes de renom, ainsi qu’avec les développeurs de logiciels Ubique et PocketCampus.
Mathias Payer, responsable du laboratoire HexHive au sein de la Faculté informatique et communications (IC) de l’EPFL, explique que les récents tests effectués sur le campus de la haute école ont été conçus pour comparer les mesures de proximité réalisées par le système DP3T avec les positions physiques des soldats de l’Armée suisse. Les soldats ont été invités à reproduire des activités de la vie quotidienne, comme faire des courses ou s’asseoir dans un train, tandis que leurs positions étaient capturées et analysées à l’aide de caméras spécialisées du laboratoire de vision par ordinateur (CVLab) de l’EPFL, dirigé par Pascal Fua.

 

Un test grandeur nature
Le 30 avril, soit une semaine après les tests réalisés à l’EPFL, Mathias Payer a supervisé un test grandeur nature de 24 heures sur un site militaire avec une centaine de soldats. Cette fois, les soldats ont effectué des tâches de routine avec l’application activée sur leur téléphone, et ils ont pris note de chaque contact de moins de 2 m et de plus de 5 min avec une autre personne.
« Nous voulions établir une base de référence sur les réactions des gens dans différentes situations. Nous avons testé différents paramètres, tels que la force et la fréquence du signal, pour nous assurer que le système génère des données correctes sans trop de faux positif et sans vider la batterie du smartphone », explique Mathias Payer, qui précise qu’un défi supplémentaire consistait à étalonner le système pour qu’il fonctionne indépendamment du fait que le smartphone soit dans la main ou dans le sac à dos de l’utilisateur, par exemple.
 
Utilisation de la norme Bluetooth
Ce système de signalisation est au cœur de la technologie DP3T. Il utilise la norme de communication Bluetooth pour diffuser en continu des chaînes de caractères aléatoires et impossibles à deviner entre les smartphones. Tous les signaux envoyés, ainsi que ceux reçus par des appareils situés à proximité, sont stockés sur les téléphones des utilisateurs pendant une durée maximale de quatorze jours.
Si un utilisateur est testé positif au Covid-19, ses séquences de caractères uniques seront ajoutées à une liste tenue par les hôpitaux, que les téléphones des autres utilisateurs vérifieront régulièrement pour voir s’ils reconnaissent l’une de ces séquences. Si une correspondance est trouvée et que l’utilisateur a côtoyé un patient atteint à la Covid-19 pendant une durée impliquant un risque d’infection, l’application affichera une alerte, demandant à l’utilisateur de s’isoler et lui permettant de se faire tester dès que possible.
 
Confidentialité des données
Utiliser les smartphones pour le traçage de proximité suscite des inquiétudes quant à la confidentialité des données. Certaines personnes craignent qu’un tel système puisse donner lieu à des abus dans l’utilisation des informations personnelles, y compris après la pandémie. L’équipe du projet DP3T développe un système qui garantit que même si un hacker arrivait à capter les données de signal – stockées sur le smartphone des utilisateurs et non sur un serveur central –, elles ne lui seraient d’aucune utilité.
« Nous avons voulu créer un système qui respecte les besoins des citoyens, non seulement d’arrêter le coronavirus, mais aussi de préserver les libertés individuelles. Nous développons donc une application qui ne peut pas être utilisée pour un autre usage que le traçage de proximité entre appareils. Elle ne permet pas de connaître ni l’emplacement, ni les identités , ni les activités des utilisateurs », explique Carmela Troncoso, responsable du Laboratoire d’Ingénierie de Sécurité et Privacy (SPRING) de l’EPFL. Elle ajoute que le système est conçu pour s’autodétruire dès que l’application est désinstallée d’un smartphone, supprimant toutes les données de signal stockées.
 
Des projets d’avenir
À mesure que les tests des paramètres du système DP3T sont réalisés, les résultats sont publiés en ligne. Une version bêta de l’application DP3T est prévue ; les chercheurs soulignent toutefois que le déploiement de l’application pour les citoyens reste du ressort du gouvernement suisse. En attendant, l’équipe du DP3T travaille pour que le système puisse accueillir une prochaine interface de programme d’application (API) d’Apple et de Google, encore en cours de développement.
 
EPFL
1015 Lausanne
www.epfl.ch