09 Décembre 2019  |  Astronomie
Publié dans La Revue POLYTECHNIQUE 10/2019

Le regard de Mario Botta se dirige vers les étoiles

Elsbeth Heinzelmann*

«L’étoile est belle parce qu’elle laisse deviner l’infini dont elle s’entoure», telle est la réflexion de Jacques Salomé, psychosociologue et écrivain toulousain. L’Université de Berne a montré combien elle partageait cette pensée. En effet, à plus d’une vingtaine de reprises, ses instruments propulsés par des fusées ont atteint la haute atmosphère et l’ionosphère. Trente d’entre eux ont voyagé à bord de sondes spatiales. Le télescope CHEOPS, développé conjointement par la Suisse et l’Agence spatiale européenne, a observé des exoplanètes dans d’autres systèmes solaires. Alors il est temps aujourd’hui, que nous ayons un nouvel observatoire !

Ce fut chose bien engagée le 9 septembre dernier. Des scientifiques de l’Université de Berne et leurs invités, sous l’égide de l’architecte Mario Botta et de l’astronaute Claude Nicollier, donnèrent le premier coup de pioche en vue de la construction du nouvel observatoire d’Uecht, dans le parc naturel de Gantrisch.
 
 
 
L’Université de Berne et l’espace – une longue histoire
Tout a vraiment commencé en juillet 1969, lorsqu’Edwin, «Buzz» Aldrin déploya la première voile solaire bernoise et la planta dans le sol lunaire. Et innover n’était pas un vain mot: dans les années 1977/78, l’Université de Berne développa le spectromètre de masse S-303, qui fit d’importantes découvertes sur l’écorce terrestre. On peut aussi parler d’Ulysses, le projet conjoint entre l’ESA et la NASA, dont le spectromètre de masse bernois SWICS analysa le vent solaire en 1990 et fit de l’Université de Berne un expert mondial en la matière.
En 1995, l’ESA et la NASA lancèrent l’observatoire solaire SOHO, mis au point et fabriqué à l’Université de Berne. Placé à son bord, le spectromètre de masse CELIAS, hautement sensible aux ions, continue d’effectuer des mesures sur le cycle solaire et analyse son influence sur la Terre.
Avec la sonde ExoMars Trace Gas Orbiter de l’ESA, la caméra bernoise CaSSIS a voyagé dans l’espace et a fourni les images les plus nettes de la planète rouge, en stéréo et en couleur. Les vues stéréoscopiques en 3D et les modèles numériques de terrain donnent un aperçu des différences de niveau et montrent des traces d’écoulement d’eau, ainsi que des dépôts et des couches martiennes.
On a ensuite estimé qu’il était temps d’examiner de près le champ magnétique et la composition géologique de Mercure, la planète la plus proche du Soleil. Cette mission conjointe de l’ESA et de l’agence japonaise JAXA, fut nommée BepiColombo, en l’honneur du scientifique italien Giuseppe Colombo, dit Bepi. Le spectromètre de masse bernois STROFIO, qui était à bord d’un des deux orbiteurs, enregistra l’atmosphère extrêmement ténue de Mercure et en analysa la composition chimique.
Puis ce fut au télescope spatial CHEOPS, d’un poids de 200 kg, d’explorer d’autres systèmes solaires. Pour la première fois, la Suisse – conjointement avec l’ESA – a la responsabilité de l’ensemble de la mission, sous la direction de l’Université de Berne. Pour finir, c’est à l’instrument PEP (Particle Environment Package), conçu à l’Université de Berne, qu’il revient d’explorer Jupiter, la géante gazeuse, et ses trois plus grandes lunes, lors de la mission Jupiter Icy Moons Explorer (JUICE). Le système PEP renferme également le spectromètre de masse bernois NIM – capable d’analyser aussi bien les ions que les atomes neutres –, qui effectue des mesures dans l’atmosphère lunaire. Enfin, à l’été 2019, le succès de la recherche spatiale de l’Université de Berne a été largement célébré sur la Place fédérale de la capitale.
 
Les astronomes du ciel profond
Et maintenant vient le tour du SWISS SPACE & SUSTAINABILITY OBSERVATORY (S3O) sur l’Uecht. Il permettra d’observer des objets du ciel profond, tels que des galaxies, y compris pendant la journée. Certes, il existe déjà sur le Längenberg un observatoire de petite taille – classé –, équipé d’un réflecteur Newton de 32 cm et d’une caméra double Schmidt. Il a été construit en 1951 par le fabricant et ingénieur bernois Willy Schärer. Mais le nouvel observatoire sur l’Uecht est avant tout conçu pour transmettre des connaissances. Il comporte, par exemple, un sentier didactique et bénéficie d’un partenariat avec le Centre Oeschger de recherche sur le climat (OCCR) de l’Université de Berne, dont la durabilité figure au cœur de ses préoccupations.
Pour le célèbre architecte tessinois Mario Botta, il s’agit là du premier observatoire dont il est le père. Il l’a créé avec passion, il parle de la poésie de l’Univers, de son infinitude, de sa beauté et de sa magie, auxquelles on ne peut échapper.
L’astronaute et astrophysicien Claude Nicollier souhaite élargir les connaissances sur l’espace, l’astronomie et notre Planète bleue. Et Christian Lehmann, recteur de l’Université de Berne, rappelle les résultats positifs à mettre au crédit de la recherche spatiale: «L’alunissage nous a montré ce que la science permettait de réaliser. La recherche spatiale crée des innovations que nous utilisons quotidiennement, de la téléphonie mobile aux cartes de crédit, en passant par le système de localisation mondial GPS.»
 
Mais souvenez-vous de l’aphorisme de Germund Fitzthum: «La connaissance que l’homme possède de l’Univers est insignifiante comparée aux secrets qui l’entourent encore.»
 

*Journaliste science + technologie


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